La Criée à Rennes : un lieu d’art contemporain pas comme les autres

20 avril 2026

Un lieu chargé d’histoire, de poissons à l’art

Impossible de passer à côté de la grande halle de la Criée si l’on flâne sur la place Honoré Commeurec, en plein cœur de Rennes. Mais connaissez-vous ses transformations et les multiples vies qu’a connues ce bâtiment au fil des décennies ?

La Criée, à l’origine, n’a rien à voir avec l’art contemporain : elle ouvre en 1923 comme halle aux poissons du grand marché couvert. Jusqu’en 1983, on y entend la rumeur des vendeurs, le clapotis des caisses de poissons et la vie matinale des Rennais. L’odeur du sel et du frais, les discussions animées, les bancs en bois usés par le passage… C’est tout un pan de la vie populaire qui s’y raconte.

À la fermeture du marché en 1983, la municipalité se penche sur le devenir de cette halle bâtie sur pilotis au-dessus de la Vilaine. L’idée de la transformer en espace culturel fait son chemin, portée par la volonté d’offrir à Rennes un lieu vivant dédié à la création contemporaine : le bâtiment est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques et sa façade préservée, tout en assumant une rénovation intérieure audacieuse.

Résultat : la Criée ouvre ses portes en décembre 1986, non plus aux mareyeurs… mais aux artistes d’aujourd’hui.

Un centre d’art contemporain, qu’est-ce que c’est?

Parmi les lieux d’art en France, la Criée fait partie du réseau des centres d’art contemporain labellisés depuis 2012 par le Ministère de la Culture sous le label “Centre d’art contemporain d’intérêt national”. Ces structures ont une mission particulière :

  • Diffuser des œuvres et des artistes contemporains (dans tous les médiums : peinture, photo, installation, vidéo…)
  • Accompagner la création (commandes, résidences d’artistes, coproductions)
  • Initier des actions de sensibilisation auprès de tous les publics
  • Proposer une programmation vivante et accessible

Ce qui distingue ces centres d’autres institutions (musées, galeries commerciales) ? Ils n’ont pas de collection propre, privilégient la production d’expositions temporaires, et s’engagent à soutenir la scène artistique émergente autant que des créateurs confirmés.

Une singularité architecturale et urbaine

La Criée possède une architecture industrielle qui frappe d’emblée : ses grandes baies vitrées laissent entrer une lumière naturelle rare dans un espace d’exposition. C’est aussi l’un des rares centres d’art français installés dans une ancienne halle, avec une structure métallique typique des années 1920 et un vaste volume central où l’on devine encore la vocation marchande passée.

Son emplacement, en plein centre-ville, joue beaucoup : difficile de faire plus accessible, que l’on vienne à pied, à vélo ou en bus. Ce n’est pas un espace reclus ou institutionnalisé à l’extrême ; la Criée s’ouvre vers la rue et la ville, mêle souvent ses programmations aux fêtes urbaines et marchés en plein air. Elle a aussi gardé son nom d’origine, clin d’œil à sa première vie, comme pour mieux rappeler que s’y expérimentent en permanence échanges, passages, découvertes… et surprises.

Programme et expositions : un regard sur l’art de notre temps

Chaque année, la Criée propose environ 4 à 6 grandes expositions temporaires. Leur diversité fait la force du lieu : on y découvre aussi bien des têtes d’affiche internationales (Ange Leccia, Kader Attia, Edith Dekyndt, Ulla von Brandenburg…) que de jeunes créateurs locaux ou issus de la scène européenne.

  • Des œuvres inédites : Beaucoup de pièces exposées à la Criée sont produites spécialement pour le lieu, parfois pensées pour dialoguer avec la halle elle-même ou la ville autour. C’est ce qu’on appelle des œuvres “in situ”.
  • Des médiums variés : Installation, sculpture, peinture, performance, photographie, art numérique… Il n’existe pas d’uniformité ou de spécialisation : la Criée cultive un éclectisme affirmé.
  • Une sensibilité internationale : Près de la moitié des expositions donneront leur chance à des artistes venant d’autres horizons, européen ou plus lointains.

Quelques chiffres permettent de mieux saisir la place de la Criée sur la carte de l’art actuel à Rennes :

  • Plus de 350 expositions réalisées en 37 ans (source : La Criée Centre d’art contemporain, 2024)
  • Environ 25.000 à 30.000 visiteurs annuels, avec des pointes lors de Nuit Blanche, du festival Maintenant ou des Portes Ouvertes d’Ateliers d’Artistes.
  • Au moins 50 œuvres produites par an dans le cadre de résidences et commandes aux artistes (source : rapport d’activité La Criée 2022)

Quelques expositions mémorables

  • En 2021, l’exposition “Tomber en amour” d’Ange Leccia, installée au cœur du grand volume de la halle : la vidéo immersive dialoguait avec la lumière naturelle, créant une expérience de contemplation rare en plein centre-ville.
  • En 2019, la photographe Laura Henno réunissait récits intimes et portraits d’adolescents sur fond de routes bretonnes.
  • En 2023, la Criée s’ouvrait au collectif Groupe Ouest pour une réflexion sur les nouveaux récits européens (source : Ouest-France, avril 2023).

Ces expositions sont pensées pour intriguer, toucher, mais aussi provoquer des discussions et tisser des liens entre visiteurs et œuvres.

Un rôle essentiel dans la vie culturelle rennaise

Outre les expositions, la Criée multiplie les partenariats avec d’autres lieux (FRAC Bretagne, Musée des Beaux-Arts, festivals artistiques), propose des cycles de conférences, des performances et tables rondes. Elle fait souvent le pont entre différents arts : plasticien·nes invité·es peuvent faire écho à la littérature, à la musique, à la danse contemporaine.

Les publics ne sont pas oubliés : des visites guidées, des ateliers de médiation (pour enfants, étudiants, adultes “curieux”) sont organisés chaque semaine. En 2022, plus de 270 ateliers ont été menés et la Criée a accueilli plus de 4000 scolaires (source : rapport d'activité cité plus haut).

  • Gratuité des expositions pour garantir l’accès de tous : une volonté clairement affichée, rare en dehors des grandes villes françaises.
  • Programme d’accueil spécifique pour les familles, les groupes (amicales, personnes âgées, élèves…)
  • Nombreuses actions "hors les murs" : expositions satellites dans des quartiers périphériques, interventions dans les bibliothèques, les centres sociaux…

La Criée porte donc bien son nom : elle appelle, fait résonner, invite à sortir du quotidien pour regarder autrement la ville et ce(ux) qui l’habitent.

Focus : un incubateur d’artistes, un laboratoire d’idées

Depuis sa création, la Criée a révélé de nombreux artistes aujourd’hui reconnus : Aurélien Froment, Katinka Bock, ou encore Daniel Dewar & Grégory Gicquel y ont exposé tôt dans leur parcours. Le lieu reste connu pour son soutien aux premières expositions personnelles d’artistes émergent·es.

  • Les résidences et coproductions : chaque année, plusieurs créateurs bénéficient d’un accompagnement sur mesure, de la conception à la réalisation de leurs œuvres, avec un budget adapté – en 2022, 12 artistes accompagnés sur site selon La Criée.
  • Un pôle de documentation et d’archives : accessible sur rendez-vous, il s’ouvre aux chercheurs, étudiant·es ou amateurs désireux de mieux comprendre la démarche des artistes accueillis.
  • Des éditions, podcasts et catalogues : la Criée publie systématiquement un livret pour chaque exposition, avec des entretiens d’artistes, des analyses… et propose aussi régulièrement des contenus numériques et des vidéos accessibles en ligne.

L’originalité de la Criée : entre patrimoine, citoyenneté et création

Ce qui rend la Criée unique ? Sans doute la combinaison de plusieurs facteurs rarement réunis ailleurs :

  • Un lieu patrimonial fort, qui dialogue à la fois avec l’histoire ouvrière, marchande et industrielle de Rennes.
  • Une exigence artistique : diversité des disciplines, ouverture internationale, mais aussi attention constante à la jeune création bretonne et française.
  • Un positionnement citoyen : ouverture, actions éducatives, travail de médiation, collaboration avec de nombreux acteurs locaux (associations, écoles, centres sociaux…)
  • Un ancrage urbain affirmé : la Criée n’est pas un “musée” mais une agora, invitant à la déambulation, au débat, à la rencontre.

Petit bonus pour les promeneurs : la Criée met à disposition une librairie-boutique avec un choix pointu de catalogues d’exposition, mais aussi d’ouvrages d’art, de revues et d’objets graphiques. C’est un vrai lieu de passage, espace de rencontres et de convivialité, qui prolonge l’expérience de la visite.

Comment et pourquoi découvrir (ou redécouvrir) la Criée ?

Vivante, inventive et profondément ouverte sur la ville, la Criée est devenue, en presque 40 ans, un repère essentiel pour quiconque s’intéresse à l’art contemporain ou cherche un lieu d’expérimentation culturelle en Bretagne.

  • Pour les habitués de Rennes, c’est le rendez-vous à ne pas manquer pour ressentir le pouls de la création d’aujourd’hui.
  • Pour les néophytes, le centre propose toujours des médiateurs pour guider la découverte et permettre une approche sensible des œuvres.
  • Pour les familles, un passage à la Criée offre des ateliers adaptés, des espaces accessibles et un vrai moment de découverte hors des sentiers battus.

À Rennes, la Criée est bien plus qu’un bâtiment d’exposition : elle incarne l’intelligence, la générosité, la curiosité, le regard sans cesse renouvelé sur le monde. Autrefois carrefour de poissons, elle est désormais celui des idées, des regards et des rencontres artistiques.

Pour connaître la programmation à venir, préparer une visite (en individuel, en famille ou avec un groupe), retrouvez toutes les infos pratiques sur le site officiel de la Criée : www.la-criee.org.

Sources consultées :

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