Rennes secrète : balades pour voir la faune et la flore en pleine ville

17 septembre 2025

La ville verte : une biodiversité surprenante entre Vilaine, parcs et venelles

Il suffit de lever le nez ou d’emprunter un sentier de traverse pour se défaire de l’idée reçue selon laquelle la ville serait un désert biologique. À Rennes, la biodiversité se révèle parfois où on l’attend le moins. Avec près de 900 hectares d’espaces verts publics – ce qui représente près de 20% de la superficie de la ville (source : Rennes Métropole) – Rennes propose un véritable réseau vert, fait de grands parcs mais aussi de micro-jardins, friches, berges et haies dissimulées derrière les murs de schiste.

On compte plus de 50 espèces d’oiseaux nicheurs recensées lors de l’Atlas de Biodiversité Communale (2019), et la faune locale inclut aussi chauves-souris, hérissons, papillons, libellules et de nombreux insectes.

Les parcs urbains : spots incontournables pour observer la nature

Le Thabor : jardin public et havre ornithologique

Situé en plein cœur de la cité, le parc du Thabor est tout sauf un simple décor horticole. Sur 10 hectares, il accueille à la fois un jardin « à la française », un coin botanique et une volière historique. Ce site est le théâtre quotidien d’un ballet d’oiseaux : moineaux friquets (espèce quasi menacée en Bretagne), roitelets huppés, sittelles torchepot et parfois la fauvette à tête noire. L’hiver, le parc s’anime au chant du rougegorge, et au printemps les écureuils roux pointent le bout de leur museau dans les massifs de camélias.

  • Biodiversité végétale : Plus de 3000 variétés végétales dans le seul jardin botanique ! (source : Ville de Rennes)
  • Anecdote : Un hop-hornbeam (ostrya carpinifolia), rare en France, trône fièrement face à la roseraie.

Oberthur : le charme feutré d’un « jardin sauvage »

Ancien jardin de la famille Oberthur, ce parc allongé (jusqu’à 3 hectares) a les allures d’un sous-bois : parterres d’ombre, vieux arbres, bassin, et une kyrielle de zones refuges pour grenouilles rieuses et chauves-souris pipistrelles. Lieu idéal pour apercevoir le geai des chênes ou la mésange à longue queue.

  • À repérer : Des nids de hérissons couchés sous les hortensias, souvent repérés à l’automne.
  • Bonus familles : Un parcours sensoriel pour enfants propose une chasse aux arbres extraordinaires.

Berges de la Vilaine : le couloir vert en pleine ville

Des Prairies Saint-Martin à la plaine de Baud, la Vilaine offre un corridor écologique remarquable. Là, le citadin croise l’aigrelette garzette, le héron cendré, la bergeronnette des ruisseaux, ou, au crépuscule, le vol furtif des pipistrelles chassant les moustiques.

  • Environ 22 km de berges aménagées traversent ou longent Rennes intra-muros.
  • Observation insolite : La rousserolle effarvatte a été signalée à hauteur de la plaine de Baud lors du dernier comptage annuel (LPO Ille-et-Vilaine).

Ça fuse sous nos pieds : le petit peuple du bitume

La nature à Rennes ne se limite pas aux parcs. Entre deux pavés ou sous la grille d’un trottoir, lichens, mousses, nombrils de Vénus et même, parfois, quelques pieds de violettes sauvages s’invitent au banquet urbain. La mairie expérimente depuis 5 ans le « désherbage raisonné » : en résulte une explosion de micro-milieux favorables aux insectes pollinisateurs, papillons citadins (piérides, vulcains, paons-du-jour), bourdons et coccinelles.

  • Depuis 2017, usage des pesticides interdit dans tous les espaces verts et voiries de Rennes (Rennes Métropole).
  • La LPO mène un programme de suivi scientifique sur les orthoptères en cœur de ville, avec une vingtaine d’espèces observées récemment.

Les arbres remarquables : sentinelles de la ville et refuges à bestioles

Avec plus de 47 000 arbres d’alignement recensés selon la Ville de Rennes (recensement 2022), la canopée urbaine joue un rôle clé d’habitats pour la faune. Parmi les sujets les plus remarquables :

  • Le tulipier géant du square de la Palestine, planté en 1875 : 26 mètres de haut et une centaine d’espèces d’oiseaux recensées en son pied au printemps.
  • Les chênes des Prairies Saint-Martin, survivants des anciens marécages qui abritent aujourd’hui chouettes hulottes, fouines et renards roux (rares à observer, mais repérés par le trappage photographique de l’association Bretagne Vivante).
  • Le ginkgo biloba du boulevard de la Liberté, arbre fossile dont les feuilles abritent parfois des colonies entières de pucerons et guêpes parasitoïdes.

Des oiseaux urbains, observateurs du quotidien

Chaque saison a ses ambassadeurs à plumes, dont la présence signale la santé du milieu urbain :

  • Mésanges charbonnières et bleues : omniprésentes, elles bâtissent souvent leurs nids dans des cavités de murs ou nichoirs installés par les écoles et associations.
  • Martinet noir : visible de mai à août, il niche sous les tuiles du centre ancien. Rennes compte une des (colonies les plus denses de Bretagne selon la LPO).
  • Hirondelle de fenêtre : menacée par la raréfaction des sites de nidification, mais on la retrouve encore rue de la Monnaie et autour du quartier Sainte-Anne.
  • Rougequeue noir : plus confidentiel, repéré dans les chantiers ou les zones en reconversion.

À noter : La LPO Ille-et-Vilaine mène depuis 2005 un suivi participatif des oiseaux des jardins rennais (programme « Oiseaux des villes »), accessible à tous sur leur site.

Quand la nuit tombe : la petite faune nocturne

Après le coucher du soleil, Rennes n’appartient plus seulement aux humains. On estime à 7 espèces de chauves-souris recensées dans la ville, dont la pipistrelle commune et la noctule. Les colonies sont surveillées par les naturalistes en raison de leur rôle dans la lutte contre les moustiques (une pipistrelle peut capturer jusqu’à 3000 insectes par nuit !).

On croise également le hérisson d’Europe, la genette (documentée ponctuellement le long de la Vilaine), des crapauds et tritons dans les mares d’Oberthur et du parc de Bréquigny.

Mares cachées, roselières et surprises vertes des quartiers

Quelques spots insoupçonnés où la nature pulse, même loin des grands parcs :

  • La mare du square Vercingétorix (quartier Maurepas) : rendez-vous discret des rainettes et tritons ponctués.
  • Roselière du Stade Roger Salengro : rousserolles, poules d’eau et libellules « sympetrum » visibles en juin et juillet.
  • Triangle d’herbes folles sur l’esplanade Charles de Gaulle : expérimentation de gestion différenciée, où est apparu récemment le papillon mélitée orangée (source : Association Bretagne Vivante).

Vivre et protéger la nature rennaise : initiatives citoyennes et rendez-vous à ne pas manquer

L’étonnante vitalité de la faune et de la flore à Rennes n’est pas le fruit du hasard. Elle s’explique en grande partie par une prise de conscience collective :

  • Les jardins partagés : Plus de 45 jardins participatifs, où sont installés refuges à insectes, hôtels à abeilles solitaires et nichoirs (source : Rennes Métropole).
  • Le recensement participatif : Plusieurs programmes invitent les habitants à signaler leurs observations via l’application « Naturalist » ou auprès de la LPO.
  • Fête de la nature (mai) et « Balades à la loupe » organisées par Bretagne Vivante et la Ville de Rennes : sorties guidées pour apprendre à lire la nature en ville, pour petits et grands.

Pistes pour explorer la faune et la flore autrement à Rennes

  • Approcher la nature à vélo : Le réseau de pistes cyclables permet de relier les prairies Saint-Martin, le Thabor et les berges de la Vilaine en quelques coups de pédale. Privilégier tôt le matin ou à la tombée du jour pour plus de rencontres inattendues.
  • Se munir d’une paire de jumelles et d’un petit carnet pour lister ses observations – chaque promenade se transforme en chasse aux trésors naturelle.
  • Participer aux défis photos « Nature en ville » lancés par la municipalité au printemps et à l’automne.
  • Pour en savoir plus : consulter les ressources de l’Atlas de Biodiversité Communale de Rennes, disponibles en ligne (Rennes Métropole - Biodiversité).

Rennes, laboratoire vivant de la nature urbaine

La nature ne se cantonne pas à la périphérie. À Rennes, elle s’invite allègrement dans le quotidien, investissant fissures, friches, jardins et berges, pour le plus grand plaisir des curieux. Loin d'être une simple tendance « verte », cette vitalité sauvage prouve que la biodiversité a encore toute sa place dans la ville. À chacun alors d’ouvrir l’œil, d’écouter les bruissements et de se laisser émerveiller, à deux pas du bitume – parfois là où on s’y attend le moins.

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